Comment les médias israéliens et libanais représentent la culture de l’autre : une analyse approfondie

La couverture médiatique culturelle entre Israël et Liban : un reflet des tensions géopolitiques
La représentation médiatique entre Israël et le Liban constitue un sujet particulièrement complexe, notamment lorsqu’il s’agit de la couverture des événements culturels. Les relations tendues entre ces deux pays voisins influencent considérablement la manière dont leurs médias respectifs abordent les manifestations culturelles de l’autre nation.
Les médias israéliens présentent généralement une vision limitée et souvent biaisée de la culture libanaise. Cette tendance s’explique en partie par le contexte historique et les conflits récurrents qui ont marqué les relations entre ces deux pays. Selon plusieurs analyses, les chaînes télévisées israéliennes comme la 11 (publique), la 12 (la plus regardée), la 13 (considérée comme plus critique) et la 14 (souvent décrite comme un outil de propagande) adoptent une approche similaire concernant les sujets liés au Liban.
Une étude menée par des journalistes du site d’investigation « The Seventh Eye » révèle que les médias israéliens évitent systématiquement de montrer certaines réalités libanaises, notamment les histoires individuelles des personnes touchées par les conflits. Cette pratique s’étend naturellement à la couverture des événements culturels libanais, qui sont rarement mis en avant ou alors présentés sous un angle particulier.
L’impact du 7 octobre sur la couverture médiatique culturelle
Les événements du 7 octobre 2023 ont profondément transformé le paysage médiatique israélien, affectant considérablement la manière dont la culture libanaise est représentée. Un journaliste vedette d’une chaîne basée à Tel-Aviv a confié sous couvert d’anonymat : « L’accent est mis sur l’horreur qui nous est arrivée, pas sur les histoires palestiniennes ou libanaises ».
Cette focalisation sur le traumatisme national a créé un filtre à travers lequel toute l’information, y compris culturelle, est désormais traitée. Les manifestations artistiques, littéraires ou musicales libanaises sont ainsi rarement couvertes, sauf si elles peuvent être intégrées dans un narratif sécuritaire ou politique.
Les chiffres sont éloquents : selon un sondage réalisé par Destin Commun, près de deux tiers des Français déplorent l’invisibilisation des populations palestiniennes dans les médias israéliens, un phénomène qui s’étend également à la représentation du Liban et de sa culture.
La culture libanaise, pourtant riche et diversifiée, se trouve ainsi reléguée au second plan, voire complètement occultée dans les médias israéliens. Les festivals, expositions, publications littéraires ou productions cinématographiques libanaises font rarement l’objet d’articles ou de reportages dans la presse israélienne.
La couverture médiatique libanaise des événements culturels israéliens
Du côté libanais, la situation présente certaines similitudes mais aussi des différences notables. Le Liban bénéficie d’une importante couverture médiatique en France, notamment grâce aux liens politiques et culturels très forts entre les deux pays.
Les médias libanais adoptent généralement une position critique vis-à-vis d’Israël, ce qui se reflète dans leur couverture des événements culturels israéliens. Toutefois, cette couverture existe, contrairement à celle quasi inexistante des événements culturels libanais dans les médias israéliens.
La presse libanaise peut occasionnellement mentionner des productions culturelles israéliennes, souvent dans un contexte politique ou pour souligner des messages perçus comme anti-libanais ou anti-arabes. Cette approche s’inscrit dans un cadre plus large où la culture devient un terrain d’affrontement symbolique entre les deux nations.
« La culture constitue souvent le premier pont entre des peuples en conflit, mais dans le cas israélo-libanais, elle devient parfois un champ de bataille supplémentaire où se prolongent les tensions géopolitiques« , observe un spécialiste des médias du Moyen-Orient.
Les biais médiatiques et leurs conséquences sur la perception culturelle mutuelle
L’analyse des pratiques journalistiques révèle des biais significatifs dans la couverture médiatique entre ces deux pays. Les médias israéliens tendent à présenter une image uniforme du Liban, souvent réduite à sa dimension conflictuelle, négligeant ainsi la richesse de sa production culturelle.
Cette tendance s’observe particulièrement dans les chaînes de télévision israéliennes, où la guerre occupe une place prépondérante. Les présentateurs arborent fréquemment des symboles patriotiques, comme le ruban jaune en solidarité avec les otages, créant un environnement médiatique où l’objectivité concernant le Liban, y compris sa culture, devient difficile.
Les rares exceptions dans le paysage médiatique israélien in
Les stratégies médiatiques et leur impact sur la représentation culturelle mutuelle
La couverture médiatique des événements culturels entre Israël et le Liban révèle des stratégies complexes qui vont bien au-delà du simple reportage informatif. Ces approches médiatiques s’inscrivent dans un contexte plus large de guerre informationnelle où chaque partie tente d’imposer son narratif.
Selon un rapport de la Fondation Maharat, les médias jouent un rôle crucial comme outil de guerre psychologique, un phénomène observé dans les conflits mondiaux où chaque camp cherche à contrôler la propagande et imposer son récit pour influencer l’opinion publique. Cette dynamique affecte profondément la manière dont les manifestations culturelles sont représentées.
Les médias israéliens adoptent généralement une stratégie défensive, présentant leurs actions militaires comme nécessaires face au « terrorisme », ce qui justifie implicitement la destruction de villages et quartiers résidentiels libanais, y compris des sites culturels. Cette approche se reflète dans la couverture des événements culturels libanais, souvent présentés à travers le prisme de la sécurité nationale.
L’utilisation des plateformes numériques comme champs de bataille culturel
Le paysage médiatique contemporain est marqué par l’émergence des médias alternatifs, notamment les plateformes numériques, sites web et réseaux sociaux. L’espace public est désormais ouvert à tous pour une publication et consommation illimitées, avec des individus, y compris les utilisateurs de X (anciennement Twitter), concurrençant directement les journalistes professionnels dans la formation du discours public.
Cette démocratisation de l’information a créé un nouveau champ de bataille culturel où la représentation des événements artistiques, littéraires ou musicaux devient un enjeu stratégique. Une étude menée par Cyabra, une entreprise israélienne de renseignement sur les médias sociaux, indique que le jour suivant les attaques du 7 octobre par le Hamas, un post sur quatre concernant le conflit sur des plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok et X provenait de faux comptes.
Cette prolifération de fausses informations touche également la sphère culturelle, où des événements artistiques peuvent être détournés, minimisés ou instrumentalisés pour servir un agenda politique. « La culture devient otage des narratifs politiques dominants, empêchant ainsi les populations de découvrir la richesse artistique de leurs voisins », comme le souligne un chercheur spécialisé dans les médias du Moyen-Orient.
L’asymétrie dans la couverture des événements culturels
Une analyse approfondie des pratiques médiatiques révèle une asymétrie significative dans la couverture des événements culturels entre les deux pays. Les médias israéliens, notamment les chaînes télévisées comme la 11 (publique), la 12 (la plus regardée), la 13 (considérée comme plus critique) et la 14 (souvent décrite comme un outil de propagande), accordent très peu d’espace aux manifestations culturelles libanaises.
Malgré la poursuite d’activités culturelles en Israël pendant la période de guerre, comme en témoigne le Festival des Arts de Jérusalem qui a inclus des œuvres de 150 artistes exprimant leur conceptualisation unique de la situation sécuritaire actuelle, les médias israéliens restent largement silencieux sur les initiatives culturelles similaires au Liban.
Ce déséquilibre médiatique contribue à renforcer les stéréotypes et à maintenir une méconnaissance mutuelle entre les populations. La culture, qui pourrait servir de pont entre des peuples en conflit, devient ainsi un terrain d’affrontement symbolique supplémentaire où se prolongent les tensions géopolitiques.
L’impact des conflits armés sur le patrimoine culturel et sa représentation médiatique
Les bombardements israéliens au Liban ont eu des conséquences dévastatrices sur le patrimoine culturel du pays, un aspect souvent négligé dans les médias israéliens mais qui trouve un certain écho dans la presse internationale et libanaise.
Depuis octobre 2023, les frappes aériennes et l’invasion terrestre israéliennes ont tué près de 4 000 personnes, déplacé 1,3 million de personnes et causé 8,5 milliards de dollars de dégâts au Liban. Ces pertes tangibles sont aggravées par la destruction du patrimoine culturel et une identité libanaise fracturée, compliquant la voie vers le rétablissement.
L’archéologue et journaliste Joanne Farchakh Bajjaly, qui a documenté la destruction du patrimoine au Liban, en Syrie et en Irak depuis 1998, témoigne de l’ampleur des dégâts : « Vous allez à un endroit, et l’endroit n’existe plus. Il y a un vide… parfois vous pouvez trouver des carreaux sur le sol et c’est la seule chose qui reste ».
La destruction systématique des sites culturels et son traitement médiatique
Les bombardements indiscriminés d’Israël ont dévasté le sud du Liban, la vallée de la Bekaa, le centre de Beyrouth et les banlieues sud de Beyrouth. Les dégâts s’étendent au-delà des ruines antiques célèbres pour toucher des sites moins connus et des coutumes immatérielles.
Selon Bajjaly, les pires dommages concernent les propriétés privées, notamment les maisons historiques de 200 ans « qui se trouvent dans chaque village et dans chaque ville ». Après des années d’existence, ces maisons étaient devenues « partie intégrante du paysage » et de « l’identité collective ». Le nombre de maisons historiques perdues reste inconnu car l’armée israélienne a rasé des villages entiers.
Cette destruction systématique du patrimoine culturel libanais est rarement mentionnée dans les médias israéliens, qui tendent à justifier ces actions en accusant le Hezbollah de cacher des armes et des combattants dans des sites religieux et culturels. Cette